Retour sur la conférence du 3 novembre « Consentir aux soins : un acte libre ? »

C’est dans les locaux de la salle des fêtes du CH du Mans que s’est tenue le 3 novembre dernier la première conférence-débat organisée par les groupes de réflexions éthiques du CH du Mans et de l’EPSM de la Sarthe.
Le Dr Florence Deciron-Debieuvre, médecin urgentiste, a introduit cette conférence-débat en soulignant la surprise des organisateurs devant l’affluence que cette question du consentement suscitait.
salleC’est en effet devant une salle comble (plus de 150 inscrits) que la question de la liberté du sujet soigné à consentir a été abordée du point de vue de l’urgentiste, du gériatre, du pédiatre et du psychiatre. La parole du « candide » a aussi pris place dans le débat par les interrogations éclairées de Mme Nicole Anquetil, présidente du Cercle Montesquieu qui anime la vie culturelle et philosophique mancelle.
La salle aussi a réagi aux différentes interventions, montrant ainsi que le consentement, devenu aujourd’hui une norme dans la relation médecin-malade, n’a pas fini de faire débat.
Le consentement peut-il être autre que libre ? D’un modèle paternaliste à un modèle autonomiste, acté par la loi, le patient devient co-décisionnaire de sa santé. Pourtant, la contrainte de la maladie, des souffrances et des vulnérabilités qu’elle produit n’est-elle pas sans questionner cette liberté à consentir ? Comment l’information, clef de voute de cette logique du consentement, peut-elle être délivrée par les professionnels de santé ? Selon quel rythme, quelle temporalité ?

Les principes légaux et déontologiques sont clairs. En pratique clinique, comment articuler l’être pluriel, l’être sensible avec le sujet de droit ? Comment la déontologie et l’éthique peuvent amener les praticiens à recueillir l’assentiment du sujet ? Le Dr Anne Papin évoque plus précisément cette question dans le cadre de l’accompagnement de la maladie d’Alzheimer, invoquant une éthique de la responsabilité. Ces maladies du vieillissement empêchent la juste appréciation de ses choix. La notion du consentement libre et éclairé est alors dévoyée. La relation soignant-soigné n’est plus duelle, l’information des proches, des aidants et des tiers prend une part cruciale dans le parcours de vie des malades (30% des aidants meurent avant la personne malade). Il faut penser l’autre comme un autre « autrement capable ».
Après le tableau des spécificités du consentement à l’adolescence dressé par le Dr Vincent Flurin, pédiatre, le Dr Manuel Orsat éclaire cette question de son regard de psychiatre, seule discipline ayant la possibilité de dispenser des soins sans consentement. Ainsi, il questionne les interférences de la maladie mentale dans le champ de la délibération intime amenant à la décision de consentir. Il parle du paradoxe entre injonction de soin et mesure privative de liberté. Il rappelle que l’urgence et les modes sociétales n’autorisent pas à s’affranchir du consentement. Il insiste sur la nécessité de faire place au sujet et d’accepter de se laisser surprendre par ce qui advient.

Cette soirée, riche de réflexions et de débats, a amené les participants à s’accorder qu’entre modèle paternaliste et autonomiste, une voie tierce peut être explorée dans la rencontre de sujet à sujet.

Portrait sur la page d’accueil : Dr Emmanuel Orsat, psychiatre, EPSM de la Sarthe

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